Ola !
Grande nouvelle ! Le tome 1 des "Enfants de l'Hiver" est terminé. J'ai enfin fini cette correction qui me paraissait éternelle. C'est donc avec émotion que je vais imprimer le tout, relire une dernière fois et puis, direction l'Autre Monde (c'est-à-dire l'univers impitoyable de l'édition ^^)
Pour cette occasion, je vous mets un petit extrait ici, tiré du chapitre "Que les lâches se réveillent"
Le lourd grimoire relié de cuir se referma et engloutit son savoir, dans le secret de ses pages recouvertes. Je l’abandonnai au pied de mon lit, sans plus de considération qu’un vulgaire morceau de chiffon. Les mots danseurs flottèrent encore devant mes yeux et je les chassai d’une chiquenaude. Entre les centaines de livres qui peuplaient le bureau de mon maître, je piochais l’un des siens. Sa signature, à la fin de l’ouvrage, n’accordait aucun doute.
Je me levai finalement de ma couche, après y avoir paressé plus que nécessaire. L’orage de la nuit précédente m’avait tenue éveillée de longues heures et je ne m’endormis qu’aux premières lueurs de l’aube. Mon sommeil n’avait guère duré mais, par la suite, plongée dans un traité sur les lois du Long Eté, je n’émergeais que maintenant, tandis que le soleil claironnait le temps de midi. Ser Balem pincerait les lèvres, lorsque je pointerais enfin le bout de mon nez auprès de lui. Moins je passais de temps en sa compagnie et mieux je me portais. Je ne digérais toujours pas sa lâche attitude, face à l’exécution des innocents et je lui en voulais de haïr mes semblables avec une telle force. Je n’admirais plus ce vieillard dont j’excusais autrefois la froideur en prétextant de la réserve. L’aigreur de son âme déclamait ses gammes dans l’éclat glacé de son regard. Derrière l’impassibilité se cachait la laideur de la vengeance des pleutres.
- Te voilà enfin ! s’exclama la cuisinière, quand mes défroques chiffonnées se hissèrent sur un tabouret. J’ai rien à te mettre sous la dent.
- Je n’ai pas faim.
- Notre seigneur t’a déjà réclamée trois fois. Tu es chanceuse de servir un homme si bon.
L’ironie de mon sourire échappa à cette simple d’esprit. Elle travaillait ici bien avant moi et, malgré cela, ignorait tout du véritable visage de l’imposteur qui la commandait.
- Les désirs du maître sont des ordres, raillai-je.
- En ce cas, essaie de t’en souvenir.
Je me liquéfiai et mes oreilles chauffèrent, en pivotant vers le châtelain. Il m’écrasait et me toisait. Sous son œil bleu, je me tortillai, insecte pris au piège dans la toile d’un prédateur rusé.
- Ser… Balem, crachotai-je, vacillante.
- Quelle excuse évoques-tu pour ton retard ? exigea le seigneur du froid.
Sa main ridée se cramponnait à la poignée de la porte et elle tremblait. Comment, à son âge, pouvait-on s’accrocher à la vie et craindre à ce point la mort ? Je ne comprenais pas cette opiniâtreté de dément. Il exécrait la saison chaude et agonisait les nuits dépossédées de sa déesse. La fin en soi lui proposerait le repos et l’oubli. Alors que son existence ne lui réserverait que cette lente décadence qui le tenaillait depuis cinquante ans. Je l’admirais presque de son courage illusoire et ma hargne s’amenuisait.
- Je suis désolée, ser. Pardonnez-moi.
Je le priais sans fierté de m’accorder sa miséricorde, pour tout. Pressentait-il ce désir d’absolution ?
in Les Enfants de l'Hiver, V. DECAMPS
Copyrigth (c) SABAM
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