Aujourd'hui, grande journée pédagogique pour toute l'école, sur le thème de la violence (grand thème à la mode dans le milieu scolaire, si vous l'ignorez).
Nous (mes collègues et moi) avons eu une chance inouïe : un orateur qualifié est venu nous parler de la violence dans les écoles et nous a donné des pistes pour gérer cette violence. Qualifié parce qu'il s'agit d'un psychologue qui a travaillé dans un centre PMS (les centres psycho-médico social pour les jeunes, qui viennent un jeudi sur deux dans les écoles).
Aucune ironie dans mes paroles, bien sûr ! Un tel homme (qui paraissait très gentil d'ailleurs) a une connaissance bien plus pratique que moi du terrain dans lequel les enseignants évoluent.
De plus, il nous a appris de grandes choses, très intéressantes :
1. Saviez-vous que nous ne devons pas dire à un élève "Tu es agaçant" mais "Ton comportement est agaçant" ? Dans le cas contraire, l'enseignant s'attaque à l'élève en tant que personne et non à ce qu'il fait, à un moment donné.
-->Quand un gosse m'énerve, je lui dis qu'il m'énerve et je ne m'en gêne pas. C'est bien lui que je veux toucher, dans mes paroles, que m'importe son amour propre à ce moment-là. Il doit comprendre qu'il dépasse les bornes et que je ne le tolère pas. Mes mots ont bien plus de poids si l'adolescent sent que c'est à lui que j'en veux et non à un point particulier de sa personnalité pour les trente dernières secondes. Le conseil de ce grand psychologue me donne l'impression qu'on déculpabilise le gamin de ce qu'il fait, alors qu'il est parfaitement conscient de perturber le cours, d'agir négativement.
-->Mes élèves connaissent ma franchise, ils l'apprécient. Je ne les infantilise pas outre mesure et je me permets de dire ce que je pense, quand cela ne va pas. Lorsque je dis à un élève "Tu es détestable", je suis certaine qu'il va réfléchir à mes paroles, bien plus que si je lui dis "Ton comportement envers moi est détestable". Pour lui, cela n'a pas de sens et cela ne le marque pas. Mais que lui, Nicolas ou Giovanni, je le déteste ce moment précis, cela va le marquer. Et je sais qu'il va changer son fusil d'épaule et me prouver qu'il peut être autre chose que ce sale gosse qui se fait haïr. A la fin du cours, je le félicite, alors "Tu as été génial" ; "C'était bien le cours, tu ne trouves pas, quand tu participes comme cela ou que tu es attentif et que tu évites de faire le guignol ?".
2. De même que lorsqu'un enfant entre en conflit avec vous, vous devez attendre que l'orage passe pour réagir "à froid" et lui dire "Je t'ai entendu et je comprends ton énervement. Nous en discuterons plus tard".
-->Personnellement, si un gamin commence à s'emballer contre moi, je lui demande de quitter rapidement la classe et je lui montre moi-même le chemin, s'il le faut. Et non, je ne comprends pas son comportement violent.
-->Apparemment, mes réactions entraînent davantage de violence et j'entre dans une spirale sans fin. N'empêche ! Je vois bien que mes élèves, ils ne s'énervent pas souvent dans mes cours et quand ils le font, ils viennent s'excuser avant le cours suivant, pour que je les accepte encore en classe.
Je ne prétends pas posséder la panacée suprême, je ne suis jamais à l'abri d'une violence ou d'un chahut. Je n'enseigne que depuis quelques années et nul n'est jamais immunisé contre les débordements des adolescents. Mais il me semble que mes réactions "à chaud" ne manquent pas de percution et que je m'en sors bien.
Je sais ce que c'est que de suivre les conseils des psychopédagogues, comme d'autres de mes collègues. Et surtout, je connais les dégâts que cela entraîne. J'ai essayé, lors de ma première année d'enseignement, dans une seule classe (en première professionnelle) et je peux vous assurer que quand je rentrais dans cette classe, c'était avec la peur au ventre et le coeur au bord des lèvres. Dans ce groupe-là, j'ai tout eu : les élèves qui montaient sur les bancs, les plumiers qui volaient dans le local, les va et viens incessants des gamins qui se promenaient, des bagarres... Une élève a même tenté de se trancher les veines !
Alors, non merci, monsieur. Je ne prendrai pas en compte vos conseils parce que je ne tiens pas à quitter mes classes en larmes.