Comme vous vous en êtes rendu compte, je n'ai pas écrit pendant de longues semaines. Mis à part le petit mot de la semaine dernière, je n'ai pas pris la peine de mettre à jour le blog. Bien sûr, le fait de ne pas avoir Internet pendant un petit temps a joué un rôle ; de même que le boulot qui m'incombe et qui m'attend encore ce soir.
Mais ce n'est pas l'unique raison pour laquelle je n'ai plus laissé de messages sur le blog.
Au départ, c'est venu des conseils de classes, deux semaines avant les vacances de Pâques. On a dit tellement de trucs, lors de ces conseils de classes ; on n'a pas dit tant de trucs aussi... Je suis sortie de là amère et révoltée. Et sans voix.
D'une part, les conseils de classes ne se sont pas toujours passés comme on l'espérait. Pour un tas de raisons que je n'évoquerai pas.
D'autre part, certaines choses qui ont été dites sur les élèves sont si personnelles et en même temps si graves qu'on voudrait en parler et se taire.
J'en suis arrivée, le soir de ces fichus conseils de classes à me dire que mon métier, c'était lourd. Fastidieux. Et j'avais l'impression que personne ne nous soutenait (nous, les profs).
On a un rôle d'enseignant, d'éducateur. Mais je deviens tour à tour assistante sociale, psychologue, policier...
Je ne suis pas formée pour tout cela. Je ne suis pas formée pour entendre la misère humaine de mes élèves. Ils me parlent à la fin du cours, ils se confient à moi. Et quand j'ai fini de les écouter, je me sens toute petite et le poids du monde pèse sur mes épaules. Je devrais pouvoir me détacher de leurs problèmes, ne pas les prendre sur moi, ne pas être compatissante (dans le sens premier du mot, c'est-à-dire, souffrir avec eux). Mais c'est difficile de garder une distance, de prendre du recul. Parce que je ne suis pas formée pour toute cette douleur, pour toute cette souffrance, pour toute cette horreur.
Je suis quelqu'un de fondamentalement juste (je ne supporte d'ailleurs pas quand un élève ose dire que je suis injuste) et je me révolte face à la vie que ces gosses ont. Personne ne leur offre une chance de s'épanouir sereinement et de grandir. Et qu'on leur refuse cette chance-là, ça me choque. Ca me remplit de colère. Et ça m'écoeure.
Tout ça mis ensemble m'a fait réfléchir au sens même de mon travail. J'ai dit à ma soeur que j'étais professeur. Pas psy. Elle trouvait choquant que j'accepte si mal les confidences de mes élèves. Peut-être parce qu'elle ne réalise pas le poids que c'est, la souffrance d'un adolescent. Et elle ne peut même pas imaginer ce que certains endurent. Et moi, je suis là et je dois écouter. Parce que je suis peut-être la seule à le faire. Mais c'est lourd. Et parfois, j'ai peur de me laisser engloutir, de me noyer. L'enfant qui me fait confiance, je ne veux pas le décevoir et les secrets, c'est souvent éreintants.
Alors, je ne désirais plus venir sur le blog et parler de mon travail. Je ne veux plus. Je ne le ferai sans doute plus, à moins d'évoquer l'une ou l'autre anecdote.
C'est peut-être le sacro-saint "devoir de réserve" qui parle, j'en sais rien. Néanmoins, je sais que parler de mon travail, pour le moment, n'est pas une bonne idée.